Deux jours de beau temps, après de bonnes chutes de neige printanières : il n’en fallait pas plus pour que les lignes du bassin d’Argentière soient prises d’assaut par des pente-raideurs de tous horizons. Certains itinéraires ont été plus skiés en deux jours que jamais auparavant ! Retour, en images, sur cet exceptionnelle moisson de pentes.

Le bassin d’Argentière est une mecque de ski de pente raide : il offre une muraille orientée au nord-est, de 5km de large pour de hauteur variant entre 500 et 1000m. S’y dessinent des itinéraires classiques du ski de pente raide, comme la nord est des Courtes ou le col des Cristaux, mais aussi des itinéraires beaucoup plus confidentiels, dont certains de très haut niveau comme la voie des Autrichiens ou le col Armand Charlet. Cette concentration de belles lignes fait du bassin d’Argentière LE spot pour les collectionneurs de “croix” !

Ce week-end, c’est bien simple, toutes les faces nord du bassin d’Argentière ont été skiées. Un fait unique, témoin de la popularisation du ski de pente raide ?

Faces-nord-argentiere

Commençons par le sommet emblématique du coin : l’Aiguille Verte. En 2013, Vivian Bruchez et Seb Montaz ont effectué la première descente à skis de la voie Washburn, ouverte en 1929. Ils ont appelé cette descente “les Z”, en référence à sa forme qui louvoie entre les zones rocheuses. Sa descente à ski à la mi-mars par Stéphane Roguet et ses coéquipiers avait à nouveau attiré les projecteurs sur cet itinéraire, qui fut repris peu après par Julien Herry, Davide Capozzi et Lambert Galli.

Mais ce samedi 9 avril, ce sont pas moins de dix personnes qui remontent la voie. Tandis que certains basculent côté Whymper, au moins cinq la redescendent à ski. Il y a aussi eu du trafic sur cette voie le dimanche, avec malheureusement l’accident mortel d’un alpiniste allemand qui redescendait en crampons dans le couloir Couturier.

aiguille verte washburn z
Du monde sur l’Aiguille Verte
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La voie des Z en grande poudre

Le col Armand Charlet, skié pour la première fois par Emmanuel Ballot en 1993, n’attire pas les foules du fait de la portion en mixte qui en défend l’accès. C’est le trio de snowboarders formé  par Julien “Pica” Herry, Davide Capozzi et Luca Pandolfi qui en fait la seconde descente 20 ans après, avec 150m de rappel.  La troisième descente a été signée ce samedi par Ben Briggs, dont nous faisions l’interview ici, et des scandinaves Mikko Heimonen et Jesper Petersson. En vidéo, ça donne ça :

 

Après le col Armand Charlet c’est le col de la Verte qui a reçu de la visite. Ouvert dès 1977, lui non plus ne voit pas souvent du monde. Le samedi il a été skié par trois personnes dont Lambert Galli qui a survécu à une chute de 600m après avoir été emporté par un sluff. On lui souhaite de vite se rétablir… La montagne est très chargée en poudre, ce qui rend le ski aussi facile qu’il est dangereux tant les quantités mobilisables peuvent être importantes.

Le lendemain le col de la Verte sera skié à nouveau par Dave Searle, Boris Dufour et Joel Evans.

Un autre col rarement skié a eu un boom de fréquentation ce week-end, il s’agit de l’austère col des Droites, barré en son extrémité par un grand sérac suspendu. Ouvert par Eric Monnier en 1980, il avait pu cheminer à travers le sérac, mais cette année les skieurs l’ont évité par la gauche, sans toutefois sortir sur la crête. Une descente signée Tom Grant, Marcus Waring, Ben Briggs, Mikko Heimonen et Jesper Petersson, le samedi. Les cordées multinationales fonctionnent bien puisque le dimanche c’est au tour de Ross Hewitt, Thor Falkinger et Enrico Mosetti de récidiver sur cette ligne.

L’exposition sous le sérac est bien présente et rappelle le couloir Gervasutti au Mont Blanc du Tacul.

Les 4 descentes ci-dessus, autour du 5.4, sont de bons morceaux de ski. Mais la réalisation majeure du week-end reste sans doute la descente de la voie des Autrichiens, un des rares 5.5 des Alpes. Ouvert par Daniel Chauchefoin en solo en 1977, la seconde descente n’est effectuée que 18 ans après par Pierre Tardivel, Emmanuel Ballot et Pierre Cottignies, et la troisième en 2006 par Roch Malnuit (en snowboard) et Yohan Courcelle.

Ce dimanche 10 avril, c’est une équipe de quatre qui signe cette descente de haute volée dans cette face nord plus connue pour ses itinéraires de mixte que pour ses voies de ski. Une descente ponctuée de deux rappels skis aux pieds. La première descente sans rappel reste à faire.. mais est-elle seulement possible ? Retrouvez le récit sur le site de Stéphane Roguet. Avec lui dans l’équipe : Yannick Boissenot, Titi Gentet et Nico Brunet. 

Deux jours plus tard, c’est au tour de Tony Lamiche, Alex Pittin et Hélias Millerioux de répéter cette descente, qui décidément aura été plus skiée que jamais auparavant.

@tonylamiche steep ski climb machine #salomonfreeski #expandyourplayground #crosscallmobile #chamonixmontblanc

Une photo publiée par Alex Pittin (@alexpittin) le

Toujours sur les Courtes, on note la descente du rare éperon Nord-Est, ainsi que celle du un peu moins rare couloir Cordier, malheureusement réalisée avec une dépose en hélico pour des “besoins de tournage”. A l’heure des drones et des GoPro 4K, on peut s’interroger sur ces pratiques d’un autre temps, surtout sur un sommet plutôt facile d’accès.

Quant à la classique face Nord Est, elle n’a pas échappé au traçage en règle, tout comme le col des Cristaux voisin.

Entre ces deux classiques, la face Nord Est de l’Aiguille qui remue (quel nom !) est un peu plus confidentielle, tout en restant d’un niveau abordable. Avec Guillaume nous l’avons trouvée en excellente poudre.

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La face NE de l’Aiguille qui remue à gauche, avec le couloir Chenavier à droite. Tiens, y aurait-il un itinéraire encore sans traces ?

 

aiguille qui remue
Dans les grandes pentes de l’Aiguille qui remue.

Les amateurs de grosse poudre ont aussi du trouver leur compte dans la face Nord de la Pointe Eales. Bien abritée par le sommet du Triolet, cette face garde longtemps la neige froide. Elle fut descendue par au moins 5 personnes dont JB de Miscault et Manu Abelé, deux spécialistes des Ecrins, ainsi que Laurent Leemans, Andras Zsenei et le local Loïc Thivierge.

 

Cette semaine annonce de nouvelles chutes de neige sur le massif, accompagnées d’un fort vent. Il faudra être prudent, d’autant plus qu’une augmentation de la fréquentation de ces faces ne va pas avec une augmentation de la sécurité. 

3 Commentaires

  1. Pour la plupart ils ont simplement suivi les traces, comme souvent à Chamonix.. Puis je ne parle pas des drames évité de justesse au Z… Certains devrais rester sur des classiques plus sages avant de suivre bêtement…

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