Le Glacier Noir a bénéficié de bonnes conditions ces derniers jours. L’occasion de tenter de réaliser la fameuse “trilogie” : enchainer à la journée le couloir nord du col du Glacier Noir (5.3 E2), le couloir nord du Coup de Sabre (5.4 E3) et le couloir nord-ouest du Pic Sans Nom (5.3 E3).

Cette trilogie a été réalisée pour la première fois par le guide Gérard Chantriaux, prolifique skieur de pentes raides du massif, le 6 juin 1986 : “A fortiori, c’est extrêmement délicat de trouver ensemble, en condition, trois couloirs d’orientation légèrement différente. J’y suis allé de nombreuses fois, je les ai surveillés comme des petits enfants et depuis cinq ans, je n’avais jamais eu les conditions requises” a-t-il raconté à l’époque au magazine Alpi Rando. Son enchainement est raconté sur le site à sa mémoire. Parmi sa liste de premières, on compte notamment la grandiose face sud-ouest de l’Artesonraju (6025m).

coup de sabre pic sans nom alpinisme ski
Le couloir NW du Pic Sans Nom est encaissé à gauche, tandis que celui du Coup de Sabre est à droite – ©Boris Pivaudran

Le 18 mai 2018, les conditions sont réunies pour une tentative : bon regel, bon remplissage – observé quelques jours avant depuis le col de la Grande Sagne -, et bon créneau météo jusqu’en milieu d’après-midi.

Je décolle donc à 6h40 du Pré de Mme Carle, en direction du premier objectif de la journée, le col du Glacier Noir. Il se situe à gauche de l’Ailefroide. C’est une belle pente en banane, d’inclinaison régulière. La neige y est excellente et nous nous régalons dans la poudre tassée avec les deux autres skieurs rejoints au col. Quelques cailloux affleurent néanmoins sur le haut.

col du glacier noir ski
Descente du col du Glacier Noir – ©Boris Pivaudran

De retour sur le glacier il faut se laisser glisser – enfin, si tant est qu’on puisse vraiment glisser dans la neige croûtée – jusqu’au pied du couloir nord du Coup de Sabre. Haut de 600 mètres, il faut d’abord franchir une zone glaciaire complexe, sous de petits séracs. Evoluant en solitaire je ne suis pas encordé, mais heureusement les crevasses semblent bien bouchées. Après cette première zone on arrive sur un replat, qu’on pourrait monter en peaux de phoque, jusqu’à la rimaye, très ouverte ce jour. Les choses sérieuses commencent.

Le couloir nord du Coup de Sabre présente une pente conséquente, au-delà des 50°, à l’égal du col de la Verte dans le massif du Mont Blanc. La neige est saine, même si son centre a été raclé par des passages précédents.

coup de sabre couloir nord ski
Dans le couloir du Coup de Sabre – ©Boris Pivaudran

Le soleil tape fort et il faut trouver de l’énergie pour brasser dans la neige humide jusqu’au pied du couloir nord-ouest du Pic Sans Nom. Celui-ci débouche 300 mètres plus haut que son voisin. S’il est légèrement moins raide, une de ses difficultés consiste en un ressaut en glace de 25 mètres (80°), apparu il y a une douzaine d’année à cause du retrait glaciaire.

Ce couloir nord-ouest du Pic Sans Nom est assez encaissé et je vois filer quelques pierres et glaçons qui se détachent alors que le soleil touche les parois, sur les coups de 14h30. Dans le ressaut je perds malencontreusement un crampon. Heureusement j’ai une broche sur moi qui me permet de me vacher le temps de le remettre.

couloir nord ouest pic sans nom ski
Le ressaut en glace – ©Boris Pivaudran

Il fait très chaud et la neige botte. En haut du couloir, une fine couche de neige repose sur de la glace noire. En longeant la paroi du Pic Sans Nom, je peux néanmoins trouver de la neige consistante, et sortir sur la crête sommitale, à 3800 mètres.

pic sans nom alpinisme couloir nw
Attaque du couloir NW du Pic Sans Nom – ©Boris Pivaudran

Lors de l’enchainement de Gérard Chantriaux, ce couloir se skiait intégralement. Il faut maintenant faire un rappel pour passer le ressaut. Un relais sur pitons est en place rive droite. Ayant mal étudié le topo, je me retrouve en bout de corde au milieu. Je termine en désescaladant.

La zone de sérac se franchit bien à skis, même si la glace n’est pas loin. Un peu moins de douze heures après être parti et 2910 mètres de dénivelé, je retrouve le Pré de Mme Carle, avec pour finir une éreintante session de ski de fond sur la neige très collante du Glacier Noir. Mission accomplie !

glacier noir ski rando écrins
Petits séracs à passer – ©Boris Pivaudran

Si ces trois couloirs ont été baptisés du nom de “trilogie”, le Glacier Noir abrite néanmoins d’autres pentes de grande ampleur le long de ses cinq kilomètres : les cols est et ouest du Pelvoux (5.4 E4), la pente centrale du Pelvoux (5.4 E4) ainsi que les ouvertures d’Hervé Dégonon en face nord du Pic Sans Nom (5.5 E4) et en face nord de l’Ailefroide (5.5 E4). Un incroyable spot de pente raide du massif !

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here